Si Fourcés m'était conté..
Bastide Gasconne (ou plus vraisemblablement castelnau selon certains éminents spécialistes) l'enceinte fortifiée de FOURCES est située dans le département du Gers, à une altitude de 88 mètres, dans le canton de MONTREAL-DU-GERS, à 12 km de la sous-préfecture de CONDOM. Ce village féodal doit son originalité à sa forme circulaire. Son histoire et son architecture en font un des joyaux de l'ARMAGNAC.
A la fin du premier millénaire, la seigneurie de Fourcés était une des plus importantes de Gascogne.
La demeure seigneuriale occupait alors la place centrale actuelle (motte castrale entourée de fossés ou castellum) Fourcés et tout le territoire dépendant du château formait une seigneurie complète en ses droits militaires, judiciaires, fiscaux, vassaliques et ruraux. Une Charte de 1068 atteste l'existence de cette place forte située dans une courbe de la rivière Auzoue.
C'est
un peu avant l'an 1020, alors que s'ouvre une période bien difficile
pour la principauté de Gascogne convoitée par la puissante Aquitaine,
que se fait entendre la voix de
Brigitte
de Fourcés(*) épouse
du puissant seigneur Guillaume de Fourcés et petite-fille du duc Guillaume
de Gascogne, princesse courageuse qui tendit la
lance à son époux et à son fils pour
défendre la souveraineté de la Gascogne.
.Cent ans plus tard, la Gascogne devient anglaise lorsque Henri II Plantagenet, duc d'Aquitaine accède à la couronne d'Angleterre. En 1279, le Traité d'Amiens fait passer l'Agenais (et Fourcés) aux anglais.
En 1324, le roi d'Angleterre Édouard II, alors en guerre contre Charles le Bel, se lie par paréage aux seigneurs de Fourcés et annexe la seigneurie à sa couronne en lui accordant des privilèges.
l'Agenais
et Fourcés reviennent à la France après la guerre de
Saint Sardos. Mais durant la "Guerre de Cent ans", Fourcés,
cité "frontière" entre Aquitaine et Armagnac, change
plusieurs fois de maître. Ainsi, Bertrand de Fourcés participe
à la lutte, aux cotés du Roi d'Angleterre Édouard III,
contre l'Ecosse révoltée.
En 1352, Guillaume et Jourdain de Fourcés guerroient auprès
du roi de France. En 1378, Thomelin de Fourcés accompagne le
Connétable
DUGUESCLIN lors de son expédition en Espagne.
C'est
le 13 mai 1488 que Charles VII, roi de France, donne commission d'abattre
le château de Fourcés pour "crime et félonie".
Disparu de la motte castrale qu'il occupait alors au centre du village, c'est
un autre Bertrand de Fourcés qui entreprendra, dès 1491, la
reconstruction du château à son emplacement actuel.
AUTRE PAGE D'HISTOIRE..
Ou
mémoires de la RÉSISTANCE...
Nous sommes en 1942, deuxième année sombre de "la sale guerre" pour la France occupée par les armées Allemandes.
A Fourcès, on vit comme
on peut avec les cartes de restrictions, les nouvelles de la guerre devenue
mondiale et l'espoir de voir tout cela finir. C'est en novembre de cette année
là que quelques Fourcésiens sont entrés dans la Résistance
active.
Leur PC, la cuisine du Café-Epicerie-Forge d'Alice et Joseph DARROUX.
Là, se retrouvent avec Joseph et Alice, quelques amis surs contactés,
Eloi CASTAY, Danton FILHOL, SAINTE FAUSTE et BACQUIE l'instituteur du village.
Ils sont rejoints, quelques temps plus tard, par deux autres jeunes Fourcésiens
Yvan DUPEYRON et Paul PAILHES.
C'est au lieu-dit "Lacave" ferme éloignée du village
tenue par la famille LABADIE que leur choix s'est porté pour la désignation
d'un terrain de parachutage voire d'atterrissage si nécessaire. En
réalité, c'est pendant toute la durée de l'occupation
Allemande que cette courageuse famille de paysans gascons allait recueillir
clandestins, aviateurs Anglais ou même Polonais, armes et munitions
malgré les risques encourus.
Le premier parachutage à Fourcés eut lieu en juin 1943 (message
émis par la BBC à Londres : "La casserole rouge est
sur la table"), il fut suivi de bien d'autres jusqu'à la LIBÉRATION.
Une nuit, l'un de ces parachutages faillit mal se terminer. L'avion volant
trop bas accrocha la cime des pins et s'écrasa dans la forêt.
Heureusement, les 15 containers d'armes et de matériel furent récupérés
par les résistants et les sept aviateurs sauvés, soignés
puis cachés chez les LABADIE, ainsi qu'au village, dans le grenier
du café d'Alice et Joseph DARROUX.
Malgré les patrouilles de recherche Allemandes à l'origine de
bien des sueurs froides chez nos amis résistants, les sept aviateurs
purent être acheminés vers l'Espagne et regagner Londres.
C'est en novembre 1943, lors d'un parachutage, que fut trouvé dans
un container un message en français remerciant la famille LABADIE avec
"..une grosse bise pour Alice"... Le 3 janvier 1944, on amena
a Alice Darroux 15 évadés de la prison d'Eysses en tenue de
bagnard qui furent cachés à la ferme LABADIE jusqu'à
leur acheminement en Espagne via les Pyrénées.
Le groupe s'était structuré dans le maquis gersois
avec à sa tête le commandant anglais "HILAIRE" venu
de Londres et qui appréciait, dans l'arrière cuisine du café,
le "tourin blanchi" d'Alice Darroux.
Bien des péripéties et des drames furent encore vécus
par les résistants fourcésiens au cours de cette période
héroïque, notamment le 21 juin 1944, lorsqu'une colonne allemande
attaqua le cantonnement du maquis à Castelnau s/Auvignon et où
onze maquisards et trois civils furent tués.
oOo
Rendons hommage à ces combattants de la liberté et à Alice, aujourd'hui disparue, qui nous a laissé ce témoignage sur quelques feuillets, afin dit-elle "que l'oubli ne jette pas un voile sur une époque où notre vie s'est déroulée dans des conditions hors du commun et que mes enfants et petits enfants puissent en reparler de temps en temps en pensant à "Alice".
Alice Darroux est décédée
à Fourcés le 6 janvier 1997 à l'âge de 92 ans.
Ces quelques extraits sont tirés de ses "Mémoires
de la Résistance à Fourcés"
avec l'autorisation de la famille Darroux.